L'épitaphe

Publié le par Le Hanneton

 

 

"Planète Terre, 60 années d’arrêt, tout le monde descend."


 

 

Adieu Rollo, je t’aimais bien
Adieu Rollo, je t’aimais bien, tu sais
Mais tu prends l’train pour ton bon Dieu
Tu prends l’train qu’est avant l’mien
Mais on prend tous le train qu’on peut.


Dans ces moments là, j’ai toujours une chanson du grand Jacques, dans la tête. J’ai souvent rêvé que je disais l’amour comme lui. J’ai toujours jalousé sa façon de chanter l’amour dans la mort.

T’as déconné, Rollo. T’as déconné car si tu voulais me foutre du Brel dans la tête t’avais qu’à te contenter d’écrire ! Tu me faisais penser à lui, cette manière d’écrire les choses sans y toucher. Sa façon de chanter ses convictions avec un paquet de bonbons à la main. T’as déconné parce qu’on part pas comme ça, sans prévenir, même si t’avais un mot du médecin. T’as déconné parce que j’avais dit « vous allez voir, je vais écrire un truc sur Rollo, mais un truc fendard, pas une pleurnicherie » mais force est de constater que j’ai le zygomatique qui décline au moment de coucher ces quelques lignes.

Ta planète, c’était Rette. Une planète à ta mesure, tout en démesure, sans frontière idiote et avec juste ce qu’il faut d’ordre pour pas que tout le monde pète à table en même temps.

Supplique pour être enterré sur Rette. Alors, suivi de près par les emmerdements, t’as cru bon de remettre à jour ton testament, de te payer une vie docile.

Mais t’as pas fait le voyage à vide.

De ton passage chez nous, t’as pris le temps d’en tirer le meilleur parti. Et d’en partager les rouages. T’as été parmi mes touts premiers lecteurs, ceux qui ont le plus compté dans ce qu’est devenu Stipe-le-blogueur. T’as été au nombre de ceux qui m’ont tiré vers le haut, le plus fidèlement possible. Tu étais fidèle. Tes convictions, celles là même qui me feront regretter longtemps de ne pas avoir partagé une table en terrasse avec toi, te donnaient cette bouille bonhomme. Le poète qui s’ignore m’a dit que t’étais de ceux qui pouvaient comprendre pourquoi on foutait les roms dehors, mais qui aurait risqué sa vie à un contre cinq pour en sauver un de la ratonnade. T’avais des idées de terrien, mais avec une âme de rettien. T’as risqué ta vie sur Terre, te voilà de retour sur Rette.
Je suis pas pressé de te rejoindre, ne le prends pas mal, mais j’ai encore deux-trois trucs à finir ici-bas. En revanche, je veux bien que tu me réserves une place à ta table, sur Rette, en terrasse. On regardera passer les cons, peut-être bien que ce sera pas les mêmes, mais sûr qu’on saura pourquoi on a raison de penser ce qu’on pense.

T’as pris l’train qu’est avant l’mien, et si c’est les meilleurs qui partent les premiers, alors t’as un train d’avance et tu voyages en première classe.
Adieu Rollo, je t’aimais bien. Et t’aurais voulu qu’on rit et qu’on chante et qu’on s’amuse comme des fous quand c’est qu’on t’mettra dans l’trou. Alors comme t’as contribué à me faire rire et à m’amuser comme un fou, je te chante une dernière fois le grand Jacques. Parce que lui seul savait  dire ce que je ressens à cette heure trop précise. La ponctualité t’a rattrapé, et y’a quand même des jours où on regrette que les trains soient à l’heure.

 

 

 

 

 

 

 

Le Hanneton

 

 

Publié dans Bourdonnement

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